« L’Arabe », premier film de fiction de Malek Bensmaïl, fait le récit d’une mémoire blessée
Le Monde · Jacques Mandelbaum ·
En s’inspirant du roman de Kamel Daoud « Meursault, contre-enquête », le réalisateur met en scène la rencontre, dans l’Algérie des années 1990 marquée par le terrorisme islamiste, d’un jeune journaliste et d’un vieil homme.
L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR
Auteur d’une œuvre documentaire prolifique et passionnante consacrée à l’Algérie, son pays natal, Malek Bensmaïl fait, à 60 ans, une première incursion dans le long-métrage de fiction. Il en doit la décision à l’intérêt qu’a suscité chez lui la rencontre à distance entre deux écrivains, l’un français, l’autre algérien, telle qu’elle se manifeste dans l’ouvrage du journaliste et romancier Kamel Daoud, Meursault, contre-enquête (Barzakh, 2013, paru en France chez Actes Sud en 2014), qui se veut une réponse circonstanciée à L’Etranger, d’Albert Camus (Gallimard, 1942).
Rappelons, à toutes fins utiles, que le héros de L’Etranger, Meursault, y tue froidement un « Arabe » sur une plage – le soleil, dira-t-il devant les juges, l’avait chauffé à blanc – dont le roman ne révèle pas même le nom. Le geste de Meursault, contre-enquête consiste d’abord à lui en restituer un, Moussa Ouled El-Assasse, et à instituer le frère cadet de ce dernier, Haroun, comme narrateur de cette version en miroir – moins règlement de comptes que déploiement salutaire – du chef-d’œuvre de Camus, auquel il put être rétrospectivement reproché l’absence de point de vue politique dans le contexte colonial de l’époque.
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