« Une histoire du rapport au travail en France des années 50 à nos jours » : la perte progressive d’un « sens partagé »

Le Monde · François Desnoyers ·

A travers une étude du lien entre les Français et le travail, le sociologue Marc Loriol montre combien la dimension collective de l’activité professionnelle contribue à lui donner du sens et à construire un sentiment d’appartenance.

La « valeur travail » est-elle aujourd’hui menacée en France ? La jeune génération faisant ses premiers pas dans les entreprises se montre-t-elle bien plus désengagée que ne l’étaient ses aînés ? Dans son Histoire du rapport au travail en France des années 50 à nos jours (L’Harmattan), le sociologue Marc Loriol invite à s’écarter des lieux communs qui orientent parfois les débats sur le monde du travail dans notre pays.

Pour ce faire, son ouvrage, dense, richement documenté (enquêtes statistiques, témoignages de terrain…), propose une analyse rigoureuse du lien entre les travailleurs et le monde professionnel. Son approche historique offrant un éclairage bienvenu pour saisir avec nuance les évolutions les plus récentes des conditions de travail et du vécu des salariés.

On constate ainsi que nombre des craintes exprimées actuellement − « saturé[es] d’idéologie et de clichés » − l’ont déjà été à de multiples reprises depuis un siècle. C’est le cas en particulier du regard porté sur des jeunes. « Boomers, X, Y, Z, ont été tour à tour accusés de ne plus aimer le travail, de privilégier les loisirs, d’être rétifs à l’autorité ou aux collectifs », note l’auteur, qui cite également les travaux menés dès les années 1950 par un médecin pédiatre et psychologue, Jean Rousselet, sur une prétendue « allergie au travail » parmi les adolescents et les jeunes.

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