« Au RN, les élus n’ont pas à discuter des choix opérés pour eux par la direction du parti »

Le Monde · Dorothée Reignier ·

Qu’il s’agisse de l’élection de Jordan Bardella à la tête du Rassemblement national ou de la constitution des groupes à l’Assemblée nationale et au Sénat, la juriste Dorothée Reignier observe, dans une tribune au « Monde », un fonctionnement peu démocratique au sein du parti d’extrême droite, qui lui rappelle la construction d’un Etat-parti.

Le Rassemblement national (RN) entend donner la parole au peuple à travers un ou plusieurs référendums, en cas d’élection de sa candidate [Marine Le Pen] à la présidence de la République. Il n’en est que plus paradoxal de constater qu’il adopte un fonctionnement interne peu démocratique. Certes, le président du parti [Jordan Bardella] a été largement réélu lors du congrès qui s’est tenu à Orléans, les 24 et 25 octobre. Mais cette élection ne doit pas faire illusion : elle ne permet pas à elle seule de conclure à un fonctionnement démocratique du parti. D’une part, le président sortant était le seul candidat à sa succession. D’autre part, lorsque le « bilan moral » de l’action accomplie durant son premier mandat et les comptes ont été soumis aux militants, ceux-ci se sont exprimés à main levée. Difficile d’exprimer sereinement un éventuel désaccord dans ces conditions.

Le même refus de possibles contestations s’est remarqué lors de la désignation des présidents des groupes parlementaires. En 2022, Marine Le Pen a été élue par acclamation à la présidence du groupe RN de l’Assemblée nationale. Dans ce cas, le parti et le groupe ont sacrifié aux usages, les groupes parlementaires pouvant recourir à l’acclamation lorsqu’un seul candidat s’est présenté.

En 2026, en revanche, rien de tel : le RN a choisi une procédure de nomination par le parti. Certes, historiquement, l’élection des présidents de groupe par les membres du groupe n’a pas toujours été une évidence. Elle a dû être gagnée de haute lutte par le groupe gaulliste dans les années 1960. Aujourd’hui encore, elle ne saurait masquer une tentation de l’exécutif ou des organisations partisanes de maîtriser l’issue du vote. Il demeure toutefois que le président est librement élu par les membres du groupe, l’organisation du scrutin les préservant des pressions. L’aléa est donc accepté, à défaut de pouvoir être toujours maîtrisé.

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